Adaptations comportementales : L’exemple d’Alice






« Qui es-tu ? »

« Je… Je ne sais pas très bien, madame, du moins pour l’instant… Du moins, je sais qui j’étais quand je me suis levée ce matin, mais je crois qu’on a dû me changer plusieurs fois depuis ce moment-là. »

« Que veux-tu dire par là ? demanda la Chenille d’un ton sévère. Explique-toi ! »

« Je crains de ne pas pouvoir m’expliquer, madame, parce que je ne suis pas moi, voyez-vous ! »

« Non, je ne vois pas. » dit la Chenille.[1]

La dernière fois, j’ai élaboré un brin sur la solidarité et les incitatifs sociaux. J’ai le goût de prolonger ce chemin à destination inconnue. Cette fois-ci  en ensoleillant une facette notable des comportements de groupe.   

Disons de prime abord que… moi aussi j’ai l’impression de ne pas être « moi » parfois.

Parfois, j’ai l’impression de contextuellement changer. Et non, je ne suis pas en train d’essayer de dire que je suis atteint d’un syndrome de personnalités multiples ou que « j’entends des voix dans ma tête ».

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L’objectif est plutôt d’aborder une réalité (d’après-moi) qui semble être devenu curieusement subtile. Dans la vie urbaine d’aujourd’hui, il semble qu’il faut constamment gagner de l’argent, en dépenser, recevoir quelque chose, donner quelque chose, blablablablaaaaaa.  

Les cycles engendrés par les besoins et volontés d’échanger et de partager des biens et services, des informations, des tranches de vies, demandent en corollaire des séries d’interactions relatives en genre et nombre. Au cœur de ces transactions monétaires ou simplement sociales se trouve un contexte qui modélise l’action des individus, un genre de moteur à relations.

Ce contexte-là, je le perçois en quelque sorte comme un déroulement simultané de deux parties issues de deux jeux différents.  Les règles de l’un correspondent à celles que l’on se donne pour faire fonctionner ses institutions et cultures. Pour l’autre, elles sont malléables car elles s’ajustent en fonction de ce qui assure la survie. Bref, le citadin moyen opère en fonction de ce qui entretient sa vie physique et sa vie sociale

Ça Sent le Trouble

Pour faire référence au dernier texte que j’ai publié sur cette page, la vulnérabilité individuelle oblige ou du moins semble obliger les personnes à cohabiter. À établir entre elles des dynamiques qui cherchent à transformer des foules confuses en organismes.  

Mais maudine que ça a l’air d’être le bordel dans ce corps-là. Ses reins, tout comme ses poumons, fonctionnent à moitié. Il est constamment malade, car les pièces de son système immunitaire sont aussi coordonnées que les consommateurs fort sympathiques du Black Friday américain. Parfois, son cœur arrête même de battre, compte tenu des aspects labyrinthiques des chemins qui y mènent, son sang en devient nonchalant, immobile. 

Hihi, j’exagère ! Mais il est au moins vrai que je considère actuellement évoluer dans un environnement social, disons… En mouvement. Mais bon, quand on rassemble des milliers, des millions et des milliards d’esprits singuliers, comment est-ce que ça ne pourrait pas être le bordel eh ?

Comment Représenter le Bordel ?

Je vais laisser la parole pour quelques instants à un certain Thomas J. Hosty. Un révérend (de l’Illinois, je crois ?) qui aurait écrit un recueil de sermons pour enfants. Voici donc l’extrait de l’un d’entre eux. Come on down Thomas ! Take it away !

« Believe me, there is no jail or prison or penitentiary in the whole world that is one trillionth as hard as God’s jail. No matter what crimes you commited or how long you have to spend in a jail on earth. When you die, your prison term is over. But in hell, your jail sentence will never, never end because your soul is going to live forever. No one will ever have his time in hell shortened for good behaviour. No one will ever leave God’s jail through a pardon or parole. No one will ever escape from hell. Everyone in God’s jail will be there for all eternity. The suffering in any prison on earth is nothing compared to the terrible suffering in hell. Not only do the prisoners in God’s jail have their bodies burning, but their souls are crying out for God and he will not come to them. »[2]

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Eeeeeeennnn tout cas !  Ce « bordel » auquel je fais référence pourrait possiblement avoir rapport au type de réaction que m’sieur Hosty tentait probablement d’enfanter : de la grosse pepeur.  

Quand on découvre l’enfer et qu’on y croit, on ne peut s’empêcher, vraisemblablement, de réaliser ses activités quotidiennes sous l’ombre de la panique. Dieu, ou ses « goons », tel le Big Brother qu’ils forment ensemble, surveilleraient toutes les actions de toutes les têtes du monde. Engendreraient des registres individuels de bonne ou de mauvaise conduite qui auraient comme fonction ultime l’établissement d’un jugement final à trois issues. Sous ces conditions, les croyants accepteraient de vivre chrétiennement, en fonction des règles que cette communauté s’est fournie pour maintenir son existence et son identité à travers les fougues successives des événements. Au cœur de ce système normé se loge la peur des situations regrettables, celles qui surviennent quand l’on ne respecte pas les règles.

En synthèse, appréhender l’enfer ferait en sorte que des groupes de personnes adoptent un certain type de comportement. C’est une circonstance dans laquelle une force exerce son autorité sur une autre. Ici, Dieu et compagnie influenceraient la conduite des hommes pour que celles-ci se conforment à un modèle particulier, sous peine de lourdes conséquences.

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Se pourrait-il qu’un principe similaire s’applique au niveau de la société ? Il suffirait de substituer les divinités par la communauté et l’humanité par les individus. Ceci impliquerait alors que cette approche interactive comporterait ses propres règles, établies par la communauté, imposées sur l’individu. 

On connaît assez bien l’enfer chrétien, mais l’enfer social, c’est quoi ?

Impulsivement comme ça, je supposerais qu’il est composé de plusieurs éléments, disons par exemple la pauvreté et l’exclusion. Ce sont des potentialités, je crois, qui sont cauchemardesques aux yeux de probablement tout le monde. Elles réduisent la distance entre l’individu et sa mort inévitable, elles expriment le succès ou l’échec, elles amènent un court sentiment de panique à la personne qui prend le temps d’y réfléchir, faute de le faire souvent. 

La crainte de vivre l’enfer social serait d’après moi partiellement à la source du comportement courant. Se pourrait-il que les dynamiques de groupe aient toujours été influencées par cette forme de normalisation de la conduite ? Pour en revenir à Alice, j’ai l’impression que toute personne n’est pas « elle » à l’occasion. L’interaction, qu’elle soit banale ou nouvelle, teste nos repères comportementaux, notre « identité personnalitaire généralisée ».[3]

Parfois, nous changeons en guise de réponse aux événements créés par un environnement prévisible/imprévisible. Mais….. Eum..

Qu’est-ce que ça veut dire être « soi-même » ?

Qu’est-ce qui change exactement dans le comportement d’un individu quand, en guise de réponse aux stimulus ambiants, il dévie de cet état d’esprit ?


[1] Carroll, Lewis (1865). Les Conseils de la Chenille. Dans Alice au Pays des Merveilles (p. 53 – 67). Ebooks libres et gratuits. https://www.ebooksgratuits.com/pdf/carroll_alice_aux_pays_des_merveilles.pdf (consulté le 30 septembre 2017).

[2] Hosty, J. Thomas (date de publication d’origine inconnue). The ‘Big House’. Dans  Good Morning, Boys and Girls ! https://archive.org/details/goodmorning_mt_librivox (Consulté le 30 septembre 2017).

[3] Pour moi ici : Identité personnalitaire généralisée = Idée que l’être humain serait doté de traits de personnalité dominants. Ces traits exerceraient une grande influence sur le comportement, le rendant normal aux yeux de celui qui l’exprime et aussi à ceux des ses connaissances.






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