Entre Inconnus P3 : Le groupe et son influence sur le comportement (1)






« Qui es-tu ? »

« Je… Je ne sais pas très bien, madame, du moins pour l’instant… Du moins, je sais qui j’étais quand je me suis levée ce matin, mais je crois qu’on a dû me changer plusieurs fois depuis ce moment-là. »

« Que veux-tu dire par là ? demanda la Chenille d’un ton sévère. Explique-toi ! »

« Je crains de ne pas pouvoir m’expliquer, madame, parce que je ne suis pas moi, voyez-vous ! »

« Non, je ne vois pas. » dit la Chenille.[1]

La dernière fois, j’ai élaboré un brin sur la solidarité et les incitatifs qui constituent l’action des individus. J’ai le goût de prolonger ce chemin à destination inconnue. Cette fois-ci  en ensoleillant une facette notable des comportements de groupe.   

Disons de prime abord que… moi aussi j’ai l’impression de ne pas être « moi » parfois.

Parfois, j’ai l’impression de changer au cours de la journée. Et non, je ne suis pas en train d’essayer de dire que je suis atteint d’un syndrome de personnalités multiples ou que « j’entends des voix dans ma tête ».

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L’objectif est plutôt d’aborder un fait de la vie qui semble être devenu curieusement subtil. À tous les jours ou presque, il faut faire ce qu’il doit être fait, pour gagner de l’argent, en dépenser, recevoir quelque chose, donner quelque chose, blablablabla.  Les cycles engendrés par les besoins et volontés d’échanger pour subsister demandent corollairement d’interagir avec les membres de la collectivité. Au cœur de ces transactions monétaires ou simplement sociales se trouve un contexte qui motive l’action des individus, un genre de moteur à relations.

J’imagine qu’on pourrait lui donner un nom à ce contexte-là, je le perçois en quelque sorte comme un déroulement simultané de deux parties issues de deux jeux différents. Le premier est livré dans un cercle bien circonscrit, le deuxième est plus ouvert sur le monde. Les règles de l’un correspondent à celles qu’une société (ou certains de ses membres) se donne pour faire fonctionner ses institutions et cultures. Pour l’autre, le joueur obéit à une loi unique, celle de garder la vie dans l’environnement civilisé et sauvage. Bref, le « toé, moé » moyen évolue dans un contexte où il/elle doit survivre les travaux que la vie lui confie, que ce soit de rester hydraté ou de monter l’échelle corporative. 

Ça Sent le Trouble

Pour faire référence au dernier texte que j’ai publié sur cette page, la vulnérabilité individuelle oblige ou du moins semble obliger les personnes à cohabiter. À établir entre elles des dynamiques qui cherchent à transformer des foules confuses en organismes.  

Mais maudine que ça a l’air d’être le bordel dans ce corps-là. Ses reins, tout comme ses poumons, fonctionnent à moitié. Il est constamment malade, car les pièces de son système immunitaire sont aussi coordonnées que les consommateurs fort sympathiques du Black Friday américain. Parfois, son cœur arrête même de battre, compte tenu des aspects labyrinthiques des chemins qui y mènent, son sang en devient nonchalant.  

Hihi, j’exagère probablement en faisant appel à cette analogie. Mais il est au moins vrai que je considère actuellement évoluer dans un environnement social, disons… Légèrement chaotique. C’est un chaos de contexte, le résultat d’un rassemblement de milliers, de millions et milliards d’esprits singuliers. Comment est-ce que ça ne pourrait pas être le bordel ?

Comment Représenter le Bordel ?

Je vais laisser la parole pour quelques instants à un certain Thomas J. Hosty. Un révérend (de l’Illinois, je crois ?) qui aurait écrit un recueil de sermons pour enfants. Voici donc l’extrait de l’un d’entre eux. Come on down Thomas ! Take it away !

« Believe me, there is no jail or prison or penitentiary in the whole world that is one trillionth as hard as God’s jail. No matter what crimes you commited or how long you have to spend in a jail on earth. When you die, your prison term is over. But in hell, your jail sentence will never, never end because your soul is going to live forever. No one will ever have his time in hell shortened for good behaviour. No one will ever leave God’s jail through a pardon or parole. No one will ever escape from hell. Everyone in God’s jail will be there for all eternity. The suffering in any prison on earth is nothing compared to the terrible suffering in hell. Not only do the prisoners in God’s jail have their bodies burning, but their souls are crying out for God and he will not come to them. »[2]

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Oh God lol, imaginez le nombre de ti-mousses que ces mots-là ont dû altérer à jamais. On va s’entendre pour dire qu’une journée prend toujours un teint particulier si on y apprend qu’il y a une vie après la mort et que celle-ci a de grosses chances d’être concrétisée dans une bonne grosse dose de tourmente et d’agonie. À moins évidemment d’intérioriser le divin, de la manière que ses « représentant(e)s » nous disent de le faire. Yay !

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En tout cas, ce « bordel » auquel je fais référence pourrait possiblement avoir rapport au type de réaction que m’sieur Hosty tentait probablement d’enfanter : de la grosse pepeur.  

Quand on découvre l’enfer et qu’on y croit, on ne peut s’empêcher, vraisemblablement, de réaliser ses activités quotidiennes sous l’ombre de la panique. Dieu, ou ses « goons », tel le Big Brother qu’ils forment ensemble, surveilleraient toutes les actions de toutes les têtes du monde. Engendreraient des registres individuels de bonne ou de mauvaise conduite qui auraient comme fonction ultime l’établissement d’un jugement final à trois issues. Sous ces conditions, les croyants accepteraient de vivre chrétiennement, en fonction des règles que cette communauté s’est fournie pour maintenir son existence et son identité à travers les fougues successives des événements. Au cœur de ce système normé se loge la peur des situations regrettables, celles qui surviennent quand l’on ne respecte pas les règles.

En synthèse, appréhender l’enfer ferait en sorte que des groupes de personnes adoptent un certain type de comportement. C’est une circonstance dans laquelle une force exerce son autorité sur une autre. Ici, Dieu et compagnie influenceraient la conduite des hommes pour que celles-ci se conforment à un modèle particulier, sous peine de lourdes conséquences.

« How Often we Sin, How Much we Deceive, and All for What?  I am Near Sixty, Dear Friend…  I Too…  All Will End in Death, All!  Death is Awful…” »[3]

Se pourrait-il qu’un principe similaire s’applique au niveau de la société ? Il suffirait de substituer Dieu inc. par la communauté et l’humanité par les individus. Ceci impliquerait alors que cette approche interactive comporterait ses propres règles, établies par la communauté, imposées sur l’individu. 

On connaît assez bien l’enfer chrétien, mais l’enfer social, c’est quoi ?

Impulsivement comme ça, je supposerais qu’il est composé de plusieurs éléments, disons par exemple la pauvreté et l’exclusion. Ce sont des potentialités, je crois, qui sont cauchemardesques aux yeux d’une multitude. Elles réduisent la distance entre l’homme et la mort, elles expriment le succès ou l’échec, elles amènent un court sentiment de panique à la personne qui prends le temps d’y réfléchir, faute de le faire souvent. 

La crainte de vivre l’enfer social serait d’après moi la source de conduites fort intéressantes. J’ai l’impression que les mécaniques de groupes telles qu’elles ont probablement toujours été doivent leur essence à ces comportements alimentés par la terreur des répercussions dramatiques.

Les interactions quotidiennes, ont l’air de s’effectuer de manières indifférenciées et récurrentes. Elles ont d’ailleurs une allure plutôt contractuelle. Toutefois, les êtres humains sont assez imprévisibles. Même s’ils déploient des efforts extraordinaires pour fournir le monde d’un fragment de stabilité, on dirait que leur nature torrentielle prend souvent le dessus sur leurs tentatives de normalisation.

Je trouve que la surprise domine en quelque sorte  nos façons de communiquer. Ce serait peut-être pourquoi, comme Alice, j’ai moi aussi l’impression de ne pas toujours être « moi ». 

Qu’est-ce que ça veut dire avoir l’impression de ne pas toujours être soi-même ? Et en quoi est-ce que la surprise conditionne la communication ?

À suivre dans la deuxième partie !

 

[1] Carroll, Lewis (1865). Les Conseils de la Chenille. Dans Alice au Pays des Merveilles (p. 53 – 67). Ebooks libres et gratuits. https://www.ebooksgratuits.com/pdf/carroll_alice_aux_pays_des_merveilles.pdf (consulté le 30 septembre 2017).

[2] Hosty, J. Thomas (date de publication d’origine inconnue). The ‘Big House’. Dans  Good Morning, Boys and Girls ! https://archive.org/details/goodmorning_mt_librivox (Consulté le 30 septembre 2017).

[3] Tolstoy, Leo (1865). Chapter 24. Dans War and Peace, Book One, 1805. http://www.readcentral.com/chapters/Leo-Tolstoy/War-and-Peace-Book-One-1805/025 (Consulté le 30 septembre 2017).






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